ECONOMIE

Madagascar : un pays d’aéroports… en devenir ?

Madagascar, en tant qu’île, se doit d’avoir un ou des aéroports internationaux qui suivent les normes correspondantes aux infrastructures projetées comparées aux marchés visés, en guise de portes d’entrée pour les touristes. Ca a été chose faite avec la livraison du chantier de l’aéroport de Nosy-Be Fascène en 2018 (216.000 passagers en 2019) et en 2019 de celui d’Ivato Antananarivo (plus d’un million de passagers en 2019), sous la gestion du concessionnaire Ravinala Airports. Ces opérations symbolisent la redynamisation de l’ouverture de Madagascar.

L’année 2020 devait être l’année de relance du tourisme pour la Grande Île, à la traîne depuis des années comparé aux autres pays de l’Océan Indien. Mais la pandémie de Covid-19 a obligé les autorités à fermer les frontières et à interdire les vols internationaux, à l’exception des vols de rapatriements.

Covid-19, fermeture des frontières, vols limités, … Tout semble annoncer une année noire en 2021 pour le secteur aérien car le consortium Ravinala Airports va également être soumis à une enquête parlementaire à Madagascar. Et pendant ce temps, l’Aviation Civile de Madagascar, autorité de régulation du secteur aérien, traverse une crise inédite : le directeur général est en liberté provisoire après une affaire d’enquête judiciaire interne menée par lui-même sans qu’il y ait eu la nomination d’une signature institutionnelle en intérim, une grande partie du personnel réclame un dialogue social après la suppression d’avantages sociaux et menace de mener une grève.

Sans rentrer dans le débat sur les raisons de ce malaise sectoriel, force est de constater que le secteur aérien et le tourisme devront encore attendre et reporter la relance post-Covid-19.

Ravinala Airports : historique institutionnelle

A titre de rappel, l’idée de lancer le chantier d’extension et de rénovation de l’aéroport international d’Ivato Antananarivo a été mise sur la table en 2015, suivie de sa signature en 2016 sous le régime de la loi régissant le PPP (partenariat public-privé). Initié à l’époque du président Hery Rajaonarimampianina, le projet a été piloté, à travers un contrat de concession signé entre Ravinala Airports, retenu à l’issue d’un appel d’offres international pour une durée de 28 ans, et en tant qu’autorité concédante, le ministère malgache chargé des Projets présidentiels, de l’Aménagement du Territoire (M2PATE), ayant conçu les grands projets d’infrastructures à Madagascar (aéroports, ports, sources d’énergies nouvelles, …). La partie technique de l’autorité concédante, concernant les activités aériennes, a été gérée par le ministère des Transports, et l’Aviation Civile de Madagascar (ACM) en tant qu’autorité de régulation.

Le financement de ce projet, évalué à 240 millions de dollars au terme des travaux sur les deux aéroports internationaux, a été appuyé par la Banque Mondiale à travers la Société Financière Internationale (SFI), vu l’apport stratégique que cela implique sur l’économie de la Grande Île. L’aéroport international de Bole Addis-Abeba, rénové à la même période que ceux de Madagascar, a coûté 5 milliards d’euros en travaux avec des constructeurs chinois.

L’aéroport international d’Ivato Antananarivo, côté tarmac

Ayant ses exigences et ses normes en matières économiques, financières, techniques et sociales, la SFI a ainsi été mise à contribution sur plusieurs phases du projet à Ivato Antananarivo et à Nosy-Be Fascène : la sécurisation foncière car des parties ont été occupées illégalement, l’expropriation d’occupants illégaux et leur relocalisation avec le déplacement de leurs activités professionnelles, appuis sociaux aux familles déplacées, création de plus de 1.000 emplois directs à Nosy-Be et à Antananarivo pendant les travaux (construction, extension, rénovation, terminaux, pistes, tarmacs, voiries et réseaux, zones sécurisées, parking, commerces, duty-free, …).

Marcelle Ayo, représentante de la SFI sur la Grande Île, a expliqué : « Nous sommes venus en tant que prêteurs à l’entité Ravinala Airports. C’est notre plus grande exposition à Madagascar en tant que SFI. Tout a commencé en 2017, ce qui correspond à une période de stabilité politique. L’accompagnement de la SFI consiste surtout à donner un coup de pouce au secteur privé, qui mérite son développement ». Ces propos renforcent l’importance capitale, pour un pays comme Madagascar, de se doter d’aéroports internationaux capables de capter un marché de plus en plus concurrentiel à travers le monde.

En effet, le gouvernement de l’époque a ouvert progressivement le ciel malgache à de grands opérateurs aériens (Ethiopian Airlines, Turkish Airlines, …) afin de relier ces aéroports à des contrées sortant de la ligne traditionnelle (France, Chine). Des accords aériens ont également été signés, ouvrant potentiellement la Grande Île à des destinations dynamiques ignorées par les dirigeants successifs comme à Mumbaï (Inde), ou au Congo (Brazzaville).

Pour rappel, Ravinala Airports regroupe la société Meridiam pour le montage de l’investissement, le groupe Bouygues International et sa filiale Colas pour les travaux, et ADP International (Groupe Aéroports de Paris) pour le développement du projet et son exploitation.

Meridiam a été présent sur plusieurs opérations aéroportuaires similaires à travers le monde, comme à New-York – JFK, à Amman (Jordanie), ou en Bulgarie. Le groupe ADP a également apporté son expertise en tant que leader mondial des aéroports avec 25 aéroports internationaux gérés ou en concession à travers le monde, accueillant plus de 230 millions de passagers à la fin 2019.

Perspectives pour l’aérien

L’aéroport international de Nosy-Be, rénové et mis en service par Ravinala Airports en 2018

Plus que les compagnies aériennes et les activités entourant le secteur, renforcer l’ACM devrait être la priorité du gouvernement malgache, en nommant un intérim de l’actuel directeur général qui attend son sort judiciaire. Sa signature est en effet la signature du pays en matière de régulation sectorielle, un gage de sécurité et de sûreté pour les pays en contact avec Madagascar, surtout vis-à-vis de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), qui veille sur la stricte observation des règles et normes appliquées par tous les pays liés par le transport aérien.

Cette vision de protection pourrait être étendue à la protection des infrastructures aéroportuaires, ceux en concession avec Ravinala Airports, et également le reste gérés par Aéroports de Madagascar (Adema). Cette société d’Etat est en effet en grande difficulté depuis des années, par manque d’investissement dans les infrastructures aéroportuaires, assorti d’une absence de vision claire pour son orientation stratégique. Les aéroports, de surcroit sur une île, sont en effet des pôles économiques à part entière, instrument de relance économique et de désenclavement social afin de relancer chaque région de la Grande Île.

A l’image de plusieurs pays d’Europe ou des autres continents, les Etats ne sont plus en mesure de financer directement le développement de ce type d’infrastructure, et nombreux ont recours à des partenariats public-privé (concession ou gestion) afin d’en assurer le développement harmonieux avec les offres et les demandes économiques et commerciaux de chaque ville ou pays.

Dans ce sens, le contrat avec Ravinala Airport est à la fois un modèle et une expérience à améliorer pour les futurs contrats de développement des aéroports à Madagascar.

3 comments on “Madagascar : un pays d’aéroports… en devenir ?

  1. Est ce une « pub » payé par le concessionnaire pour faire du lobbying avec l’enquête parlementaire ou bien un article d’un journaliste indépendant?

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    • C’est un rappel historique du secteur sans rentrer dans le fond de l’enquête qui n’est pas de notre ressort

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      • Quand on lit les 2 dernières phrases de l’article, on peut s’interroger!
        Il faudrait donc maintenant une enquête journalistique indépendante pour savoir si le parlement a des éléments concrets pour lancer cette enquête.

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