BUSINESS TECH

IBM, endormi et devenu une hydre, se réveille

Une hydre est un animal pluricellulaire complexe, avec un embranchement d’une apparence végétale à plusieurs têtes, muni d’une capacité régénératrice infinie, et immortel selon les généticiens. Dans la mythologie grecque, tuer l’Hydre de Lerne est le deuxième des douze travaux d’Hercule. Dans les années 1980, Microsoft plaçait IBM comme sa principale cible. Le groupe de Bill Gates a brillamment réussi, notamment en matière de parts de marché et en capitalisation boursière dans les années 2000. Mais l’histoire retiendra le mythe de l’Hydre de Lerne : les têtes d’une hydre, même coupées, poussent de nouveau et il faudra chercher celle qui cache son immortalité. L’indien Arvind Krishna, Pdg d’IBM, explique ici cette transformation du géant endormi. Face à lui, deux autres indiens, Satya Nadella, à la tête de Microsoft, et Sundar Pichai, Pdg de Google et d’Alphabet, scrutent de près ce mouvement en profondeur.

Bill Gates : le blitzkrieg de 1981, la domination sans partage et la chute

Nous sommes en 1980, quand Microsoft a signé un accord avec IBM pour développer un système d’exploitation à commercialiser avec chaque ordinateur personnel IBM PC. Le 6 janvier 1981, Microsoft a acquis des droits d’exploitation de 86-DOS, une version modifiée du produit, à la société Seattle Computer Products (SCP). Puis le 22 juillet 1981, Bill Gates a conclu un accord de commercialisation avec SCP permettant à Microsoft de présenter le produit comme le sien et à SCP de toucher des redevances sur les ventes.

L’accord intégrant une version pour utilisateurs multiples, Bill Gates a été persuadé que tous les foyers et les professionnels seront équipés d’ordinateurs personnels. MS-DOS est commercialisé aux États-Unis à partir du 12 août 1981. Apple s’était déjà positionné quatre ans auparavant avec un succès phénoménal. Mais Bill Gates a compris très tôt qu’il devait adapté MS-DOS au marché, en développant et commercialisant très rapidement les séries Windows. Steve Jobs a crié au scandale : « Ils nous copient sur notre logiciel ». Et IBM, lui aussi s’est senti floué dans l’accord avec Microsoft : « Ils nous ont plantés ». Windows a raflé un marché planétaire avec une domination sans partage avec une part de marché annuelle oscillant entre 95% et 98% durant les décennies 1990 et 2000, plaçant Bill Gates l’homme le plus riche du monde sur cette période.

Il a fallu attendre l’arrivée des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et leur essor spectaculaire, transformant totalement l’usage de l’informatique grand public et professionnel, exploitant le boom d’Internet, pour que les choses changent. C’est sur cette évolution rapide du marché et des technologies que Microsoft, perdant petit à petit sa part de marché insolente, a été obligé d’actionner des changements dans sa stratégie, Bill Gates et son ami de toujours Steve Ballmer ayant pris leur retraite et confié Microsoft à Satya Nadella. Chez Google, les fondateurs Larry Page et Sergey Brin se sont également retirés des activités opérationnelles, revu la stratégie en ayant créé Alphabet, et confié la destinée du groupe à Sundar Pichai.

Mais dans sa torpeur, IBM, telle une hydre, a annoncé sa transformation, son réveil et son retour dans cette bataille des géants où de nouveaux marchés se sont créés : cloud, intelligence artificielle et informatique quantique.

L’hydre IBM se réveille avec au moins deux têtes

« Les besoins des clients en matière d’achat de services d’applications et d’infrastructures divergent, alors que l’adoption de notre plateforme hybride dans le cloud s’accélère. Cette initiative redéfinit IBM. Je me concentre sur la priorité de la croissance, et sur la victoire dans la bataille architecturale dans le cloud avec Red Hat. Nos actions vont accélérer notre stratégie de croissance dans le cloud hybride. Nous créons deux entreprises qui se concentrent sur ce qu’elles font le mieux. Nous allons créer de la valeur en nous concentrant sur ce qu’elles font le mieux », a annoncé Arvind Krishna, Pdg d’IBM. Cette année, son groupe a surpris le marché, endormi par la crise du Covid-19, en affichant un chiffre d’affaires croissant à 17,6 milliards de dollars au troisième trimestre de 2020, bien au-delà de l’attente du Nasdaq entre 17,2 et 17,4 milliards.

La lente transformation d’IBM s’est en effet accélérée, notamment avec l’acquisition récente de Red Hat, société spécialisée dans le cloud, pour 34 milliards de dollars. Arvind Krishna a ainsi révélé la nouvelle stratégie d’IBM dans le cloud hybride, intégrant les activités de la plateforme technologique et d’innovation, la transformation digitale, et l’appui aux recherches d’opportunités. IBM se concentrera sur ces activités tout en appuyant ses recherches sur l’information quantique qui lui permettra d’ancrer sa maîtrise dans l’intelligence artificielle. Le revenu annuel potentiel de ces activités dans le cloud hybride est estimé par IBM à 59 milliards de dollars.

D’un autre côté, IBM développera ses activités historiques dans les services dédiés aux entreprises et la gestion d’infrastructures IT avec son partenaire NewCo. Vers la fin 2021, ou « probablement après », selon Arvind Krishna, IBM et NewCo auront créé une entité unique pour ces activités qui générera 19 milliards de dollars de chiffres d’affaires, du cash-flow permanent à travers les abonnements classiques aux services offerts par IBM à 1.400 entreprises clientes dans 110 pays.

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