ECONOMIE

Madagascar : levier par une dévaluation ou par une « vraie relance »

Les indices de la crise économique se confirment à mesure où Madagascar affiche une courbe dramatiquement ascendante du nombre de contaminés au coronavirus. L’Economic Development Board of Madagascar (EDBM) a révélé un taux élevé de fermeture d’entreprises, à 45% des inscrites, à la fin juillet. Pire, certains grands groupes fonctionnent au minimum et ferment des unités de production. Cette situation illustre une mésentente entre le secteur privé, insatisfait du plan de relance proposé par l’Etat. La vague de récession mondiale pointe son nez, avec des conséquences désastreuses pour les pays à économie fragile : inflation incontrôlée et chômage de masse.

Frontières fermées, activités économiques limitées, gestion de la crise sanitaire politisée, absence de protection pour les chômeurs, infrastructures et appuis aux malades limités. Madagascar affiche plusieurs handicaps face à la crise, et son profil socio-économique justifie les propos très alarmistes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui appelle les pays riches à appuyer davantage les pays pauvres, car « la crise va durer ». L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a quant à elle émis une alerte sur la destruction massive d’emplois, à 80% des 3,3 milliards de travailleurs actifs à travers le monde (chômage partiel et perte sèche d’emplois).

L’Ariary face à l’Euro entre le 20 mars et le 31 juillet 2020

Le gouvernement malgache a déjà déployé des palettes d’aides multi-sectorielles pour faire face à la crise, mais la durée de cette dernière s’avère plus importante et ses conséquences ne sont plus mesurables à court terme. Les entreprises peinent à avoir une visibilité sur l’année 2020, et 50% des PME rentrent dans un scénario d’insolvabilité avec 90% de leurs salariés, scénario déjà prévu par des experts de la Banque Mondiale au début de la crise. Face à l’euro, la monnaie malgache, l’ariary, s’est dépréciée très rapidement de 4.058 ariary pour 1 euro le 20 mars 2020, début du confinement à Madagascar, à 4.476 ariary l’euro le 31 juillet 2020, soit une chute de 10% en quatre mois.

Sur les cinq derniers mois de l’année, Madagascar aurait plutôt intérêt à adopter une stratégie plus radicale, non plus pour éviter les conséquences de la crise, mais pour les rendre moins douloureuses pour la population et pour les acteurs économiques. Malgré ces difficultés, des mécanismes économique existent mais sont conditionnés par plusieurs paramètres dont le gouvernement ne sera plus seul maître et décideur, et devrait composer avec les bailleurs de fonds et les partenaires du pays. Mais une prise de décision, plus ou moins radicale, aura toujours une conséquence, sociale, économique, et politique.

DÉVALUATION : avantages et inconvénients

On parle de dévaluation quand on abaisse la valeur de la monnaie nationale face à celle des devises de références. C’est un mécanisme à travers lequel un gouvernement peut décider de relancer la compétitivité économique d’un pays, notamment la production pour le commerce extérieur, avec les exportations qui devraient augmenter. Mais d’un autre côté, les produits importés coûteront chers et l’inflation pourrait menacer l’économie et le coût de production. L’objectif d’un gouvernement qui lance une politique de dévaluation est ainsi d’améliorer la balance commerciale. Cela reste un mécanisme extrêmement complexe à gérer face à la mondialisation qui est la source de toutes activités mercantiles de ce millénaire. Quelles seraient les conséquences d’une dévaluation à Madagascar ? Le pays a-t-il les moyens de faire face au marché mondial actuel et à la compétitivité et à l’ingéniosité des pays émergents ?

Chute trop rapide de l’Ariary

On a constaté l’importante chute du cours de l’Ariary ces dernières semaines. Serait-ce une politique délibérée pour régler la balance commerciale ? Ou plutôt le spectre de la crise annoncée plus haut ? Malheureusement, Madagascar n’a pas les moyens d’un dumping monétaire. Seuls les pays à forte croissance basée sur l’exportation ont recours à ce mécanisme. Les facteurs qui empêchent la Grande Île d’être compétitif sont l’énorme retard sur le plan technique, étant donné que le pays manque d’infrastructures industrielles et de ressources humaines qualifiées, et manque également d’avancée technologique pour améliorer le rendement et la qualité des produits que le pays exporte déjà. En outre, les pays émergents bénéficient de la confiance et de l’appui moins conditionné des bailleurs de fonds pour réorienter leur investissements dans les secteurs essentiels. La priorité des consommateurs a en effet évolué depuis la crise sanitaire qui sévit dans le monde actuellement.

Conséquences éventuelles d’une dévaluation à Madagascar

La principale conséquence serait un risque d’inflation à deux chiffres, incontrôlable, avec comme corollaire une hausse des prix des marchandises importées, due au fait que la balance commerciale est déficitaire : on importe plus que l’on exporte.

Une politique de dévaluation pour freiner l’importation obligerait les opérateurs à investir sur la production à Madagascar, mais cela est difficilement envisageable à court ou moyen terme. En outre, Madagascar présente un des taux d’intérêt bancaire parmi les plus élevés d’Afrique et un taux de bancarisation qui ne dépasse pas les 5% de la population. Ceci sans compter sur les nombreuses difficultés à l’accès aux emprunts bancaires et aux subventions dont l’offre est rare pour relancer les différents secteurs économiques.

Réviser et refinancer la relance

Au vu de ces points cruciaux, Madagascar aurait intérêt à reconsidérer son plan de relance pour que ce dernier soit plus adapter aux ambitions de relance économique que le gouvernement annonce afin de faire face à la nouvelle réalité économique qui se dessine de jour en jour depuis mars 2020. Les bailleurs de fonds, comme en Afrique du Sud à qui le FMI a débloqué 4,3 milliards de dollars, seraient prêts à revoir cette relance, insufflés par les organisations onusiennes qui déplorent le drame humain qui frappe la Grande Île actuellement. Encore faut-il que Madagascar ne politise plus cet éventuel plan de relance révisée.

4 comments on “Madagascar : levier par une dévaluation ou par une « vraie relance »

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  2. Freddie Mahazoasy

    Dans un contexte de taux de change flottants dépendant strictement de la loi de l’offre et de la demande de devises entre opérateurs privés se faisant au sein du MID, on ne fait en aucun cas usage du terme « dévaluation ». Ce terme est réservé à un contexte interventionniste, ce qui n’est pas le cas actuellement à Madagascar. Aujourd’hui, il y a lieu de parler plutôt d’une situation de « dévissage » ou de « dépréciation », non directement dépendant de la volonté de l’état.

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  3. Nehemia Albert

    Article tres interessant et tres instructif. Et la QUESTION qui se pose actuellement en ce qui concerne les appuis exterieurs :

    – l’Intiative pour l’Emergence de Madagascar qui constitue la ligne directrice pour les dirigeants actuels a été conçu avec des partenaires (autres) prévus pour accompagner Madagascar mais qui l’ont DESERTÉ (+ ou -) par la suite.

    – les institutions de Bretton Woods (FMI, BM), rejetées publiquement auparavant par nos mêmes dirigeants sont celles qui pointent actuellement leurs aides pour appuyer Madagascar. OR comme chacun le sait, tous ces differents partenaires ont des differents APPROCHES face au concept de redressement d’un Pays (malgré le sempiternel argument comme quoi les partenaires ne font qu’aider).

    CONCLUSION :
    ————-
    – QU’EN SERA-T-IL DE LA REMISE EN COHERENCE AVEC LES PARTENAIRES DE CES CONCEPTS NON DISCUTÉS PREALABLEMENT DÈS LE DEPART ?
    – QU’EN SERA-T-IL DE LA CONVICTION PROFONDE DES DIRIGEANTS ACTUELS AFFIRMANT QU’IL Y A PARMI CES PARTENAIRES, CEUX QUI NOUS ONT APPAUVRI AUPARAVANT ?

    wait and see …

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  4. Ping : veille du 01 Septembre 2020 – Veille Informationnelle et concurrentielle EDBM

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