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Afrique : télémédecine, une révolution douce

A cause du manque d’infrastructure et de l’éloignement de plusieurs villes africaines aux grandes agglomérations, les pays africains misent sur les technologies, notamment les telecoms, Internet et les satellites, pour aider la population à se soigner. Plusieurs modes de téléconsultation et de diagnostic sont déjà très pratiqués par des pays africains avant l’arrivée du Covid-19. Une révolution, certes lente, de la télémédecine africaine, racontée par des analystes sur Financial Times.

La propagation du coronavirus en Afrique a révélé une pratique déjà bien présente en Afrique, certes à des niveaux différents et avec des technologies différentes pour chaque pays. Mais cette désormais révolution possède un dénominateur commun : Internet mobile, un réseau très utilisé en Afrique pour la santé et le paiement virtuel.

L’Afrique du Sud se soigne sous 3G/4G

Kyle Whitehill, ancien directeur général d’Africa Liquid Telecom, était témoin d’une scène en Afrique du Sud, le laissant euphorique : « Je voyais des gens que je n’avais jamais rencontrés. C’était extraordinaire ». En effet, grâce à une liaison satellite établie pour mettre en évidence la nécessité d’une meilleure infrastructure de communication, une pédiatre d’un hôpital d’East London a pu dire à la future mère basée dans la petite ville de Mthatha, à plus de 200 km, qu’elle allait avoir des jumeaux. Ce diagnostic aurait été impossible autrement.

À l’époque, Kyle Whitehill espérait fortement que l’événement démontrerait la nécessité d’investir dans les infrastructures dans un pays dépourvu de fibre pour les services rapides sur Internet et sur mobile. Deux ans plus tard, même s’il y a eu peu de progrès technologique, dans la réalisation de la promesse de cet appel réussi, des agents de santé communautaires en Afrique du Sud utilisent le mobile sous 4G, comme celui du réseau créé par la start-up Mezzanine Ware dans le pays.

Kyle Whitehill, CEO d’Avanti

Kyle Whitehill, actuellement patron d’Avanti, une société britannique de satellites présente dans toute l’Afrique, a déclaré : « Le déploiement des connexions vers les régions les plus reculées du continent représente un défi de taille pour les espoirs de beaucoup de gens dans la télémédecine. Si le mobile ne peut pas le faire, alors nous avons un gros problème. Cela ne se produira pas sur la base des réseaux terrestres ».

La vitesse de connexion sous-exploitée à Madagascar

Si Madagascar figure encore parmi les plus pauvres au monde, les données compilées par M-Lab, un projet open source soutenu par Google et diverses universités, démontrent que la Grande Île devrait profiter de sa situation, où son territoire est des rares pays africains pourvus d’une vitesse Internet proche de celle de l’Europe et de l’Asie, servie par des câbles sous-marins de fibre optique. La plupart des pays africains s’appuient sur les signaux 3G et 4G, ou sur la technologie WiFi longue distance Wi-Max. Six des 40 pays africains inclus dans les données du M-Lab se connectent à des vitesses moyennes inférieures à 1 Mbps contre 54 Mbps au Royaume-Uni. La télémédecine à Madagascar n’en est qu’à son balbutiement alors que cette solution pourrait aider des millions de patients éparpillés sur l’île pour leur diagnostic et leur traitement.

Des diagnostics pourraient se faire avec les technologies 3D CAT envoyées à travers le monde pour une analyse mais ce n’est malheureusement pas encore possible sur les réseaux existants. Et pourtant, le géant Ericsson et le King’s College de Londres ont démontré qu’un « gant de rétroaction haptique », couplé d’un casque de réalité virtuelle, permettrait à un chirurgien d’opérer un patient externe à l’aide de robots. Mais cette technologie ne peut pas être fournie sur des connexions inférieures à 1 Mbps.

Centre Valbio à Ranomafana, Madagascar (photo : Art-Sata)

Madagascar est pourtant en avance sur un autre terrain de la technologie, l’utilisation de drones dans le sud-est de l’île pour le recueil de prélèvement médical et la distribution de médicaments, notamment des antipaludéens avec le centre Valbio, un centre de recherche développé avec des universités américaines (Stony Brook) et européennes. Le Rwanda et d’autres pays d’Afrique utilisent également ce service médical aidé par des drones.

Michele Mackenzie, du cabinet de conseil Analysys Mason, affirme que la vision des industries médicales et technologiques est souvent en avance sur ce qui est livrable sur les réseaux existants. « Il y a quelques années, il y avait un énorme battage médiatique autour de la télémédecine pour résoudre les problèmes dans les pays développés comme dans ceux en développement. Ce n’est pas arrivé », affirme-t-elle.

Le Project Loon de Google au Kenya

Au Kenya, le Project Loon piloté par Google utilise des montgolfières miniatures pour acheminer des signaux Internet à haute vitesse vers des régions éloignées. Ceci prouve que la vitesse de connexion lente et les zones éloignées dépourvues de couverture mobile sont d’importants obstacles à la télémédecine dans les pays en développement. La réglementation et le manque d’infrastructures de transport de données sur les réseaux sans fil posent également des problèmes. « Qui est responsable de ce problème ? La plupart des opérateurs ne voudront pas s’y investir trop tôt », explique Michele Mackenzie.

Des initiatives telles que le Project Loon de Google visent à combler les lacunes de connectivité pourraient résoudre de nombreux problèmes du continent. Le Kenya a récemment approuvé le plan visant à permettre le lancement des ballons pour aider à lutter contre la propagation du coronavirus.

La couverture satellite à travers le continent peut atteindre certaines zones mais coûterait des dizaines de millions de dollars aux gouvernements. Une autre technologie alternative sans fil appelée SpaceMobile promet de connecter des satellites en orbite terrestre à des téléphones mobiles plutôt qu’à des terminaux sur mesure. Abel Avellan, Pdg d’AST & Science, qui a levé 128 millions de dollars pour développer la technologie, affirme que le système par satellite pourrait combler les lacunes des réseaux mobiles existants et avoir un impact plus profond dans les zones reculées. « Cela aidera également les communautés les moins desservies à accéder aux derniers services mobiles beaucoup plus tôt que prévu », confirme Abel Avellan.

Mais de nombreux analystes soutiennent que les services 2G et 3G existants peuvent avoir un impact significatif avec le bon soutien et la bonne approche. Mezzanine Ware, la start-up sud-africaine, utilise les réseaux existants pour fournir des services mobiles adaptés aux marchés subsahariens. Ceux-ci comprennent l’enregistrement de données médicales par des soignants, ainsi que le suivi des stocks de fournitures médicales. D’autres initiatives comprennent la surveillance des mouvements de population à l’aide de données de localisation de base, qui sont analysées parallèlement aux données de santé et utilisées pour lutter contre la propagation de maladies comme le Covid-19, l’Ebola et le paludisme.

L’exemple de la fondation Vodafone au Ghana, au Lesotho et en Tanzanie

Une autre idée a été inspirée par l’émission de télévision britannique Embarrassing Bodies. Vodafone Ghana a lancé un programme mettant en vedette des médecins répondant à des questions à l’écran. Cette émission TV est devenue l’une des trois les plus suivies dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Andrew Dunnett, patron de la fondation Vodafone, a déclaré que l’utilisation de ce que les pays développés considèrent désormais comme des services de communication de base, comme les SMS et les transferts d’argent, peut avoir un effet profond en Afrique. M-Mama, un programme vieux de dix ans, utilise M-Pesa, le service de transfert d’argent mobile de base de Vodafone, pour financer des tickets de transport des femmes souffrant de fistules dans les zones rurales de la Tanzanie vers Dar es Salaam pour leur traitement. Il a été agrandi il y a cinq ans pour payer les taxis vers les hôpitaux locaux. Soutenu avec 15 millions de dollars par l’USAID, le programme a aidé plus de 8.000 femmes de ce pays depuis 2015, et a été étendu au Lesotho et au Ghana.

Andrew Dunnett, confiant, a lancé sa conclusion : « Plus l’application est simple, plus elle peut être significative en termes de vies sauvées ».

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