ECONOMIE

South African Airways fait trembler l’Afrique du Sud

Compagnies aériennes nationales, compagnies nationales d’eau et d’électricité, industries et infrastructures d’Etats, … Leur gestion et leur situation sur l’échiquier économique et politique en Afrique relèvent d’une importance capitale dans la stratégie choisie par chaque pays. Voici la situation de South African Airways, sous les feux des contestations, et qui risque d’affaiblir le régime Ramaphosa.

Puissance des syndicats

Les syndicats des travailleurs menacent de paralyser le transport aérien en Afrique du Sud et mettent à l’épreuve la détermination du gouvernement de stabiliser South African Airways (SAA), le transporteur aérien national, largement déficitaire.

« Les vols sont pleins. Où est l’argent ? », scandent les grévistes de South African Airways.

Deux syndicats représentant plus de 3.000 travailleurs de la compagnie sont en grève depuis le 15 novembre, après le rejet par cette dernière de leur demande d’augmentation de salaires de 8%. Pire, SAA a annoncé son intention de supprimer 944 postes, ce qui entraînerait à court terme l’annulation de la plupart des vols. Dans la foulée, le Syndicat national des travailleurs du métal demande également à ses membres dans les compagnies métallurgiques de décider s’ils doivent organiser des grèves de solidarité.

L’approche du gouvernement pour mettre fin à l’impasse pourrait indiquer comment l’administration du président Cyril Ramaphosa s’attaquera au problème épineux de la réduction de la masse salariale lourde dans les sociétés appartenant à l’État. Le ministre chargé des Entreprises publiques, Pravin Gordhan, a annoncé la semaine dernière son intention d’adopter une ligne de défense dure, affirmant que la SAA n’est pas près de faire faillite.

« Ce qui a été une simple grève pour faire augmenter les salaires chez SAA est devenue un affrontement idéologique et une défiance globalisée à l’endroit du gouvernement », a déclaré Gary van Staden, analyste chez NKC African Economics, basé à Paarl, près de Cape Town. « Si Ramaphosa répond aux exigences du syndicat, il aura beaucoup plus de mal à démontrer sa détermination à prendre les décisions difficiles que toute perspective de reprise économique », a-t-il conclu.

Le syndicat des métallurgistes a annoncé avoir commencé à consulter des travailleurs dans des sociétés de maintenance telles que Mango Airlines, Safair Operations (Pty) Ltd. et SA Express en vue d’intensifier la grève. Bien que le syndicat ait convoqué une réunion urgente avec Pravin Gordhan et le ministre des Finances, Tito Mboweni, pour discuter de la façon de sauver la compagnie aérienne, ces derniers n’ont pas indiqué s’ils se plieraient devant les revendications.

SAA, qui a perdu plus de 1,9 milliard de dollars au cours des 13 dernières années, a offert aux salariés des augmentations de 5,9%, mais a averti que la grève lui coûterait 3,37 millions de dollars par jour et mettrait en péril l’ensemble de son activité. Les syndicats affirment que leurs membres ne devraient pas être tenus responsables de la corruption et de la mauvaise gestion qui sévissent depuis des années dans la compagnie aérienne nationale.

Le risque de paralysie est réel pour le transport aérien en Afrique du Sud.

« La possibilité d’une grève totale est assez élevée si la direction de SAA maintient sa ligne. Mais SAA pourrait gagner quelques semaines face aux syndicats si elle suit les voies des négociations », a déclaré Andrew Levy, associé directeur chez Andrew Levy Employment, qui conseille les entreprises. sur les relations de travail. Si le point de tensions arrive à son comble, « le sabotage et la violence vont s’intensifier », a-t-il conclu.

Le mois dernier, le gouvernement a déclaré qu’il rembourserait l’encours de la dette garantie par le gouvernement pour la SAA, d’un montant de 629 millions de dollars. Le fardeau que la SAA et d’autres sociétés d’État, en particulier le fournisseur d’énergie Eskom, fragilisant les finances de l’État, a contribué à la décision de Moody’s Investors Service, la seule société de notation à évaluer la dette du pays, de réviser ses perspectives de notations en valeurs négatives.

Orientation stratégique et conséquences économiques

En déplacement à Londres fin octobre, le président sud-africain Cyril Ramaphosa à déclaré chez Financial Times que « comme d’autres compagnies publiques, South African Airways fait partie d’une liste de sociétés à céder par le gouvernement ». Il a ainsi lever le doute sur cette option de faire appel à des partenaires extérieurs sur les compagnies publiques sud-africaines.

« Il y a maintenant de sérieuses possibilités de conséquences plus larges sur l’économie de l’Afrique du Sud, dans la mesure où les syndicats voient probablement la saga SAA comme un tournant décisif dans leur opposition au gouvernement. Celui-ci veut restructurer les compagnies publiques en général pour assurer leur survie et leur durabilité. Mais il y a des décisions difficiles à prendre », a déclaré Raymond Parsons, professeur à la Business School de l’Université du Nord-Ouest à Potchefstroom, à l’ouest de Johannesburg.

Lumkile Mondi, conférencier en économie à l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, constate une relation symbiotique entre un gouvernement qui, selon lui, « croit toujours à la propriété de l’État et aux syndicats qui accordent la priorité aux besoins de leurs membres avant ceux du pays. Le gouvernement force la crise pour pouvoir sauver SAA dans l’espoir de trouver un accord avec les syndicats », a-t-il déclaré. « Préparez-vous à la dégradation de la situation, il n’y a aucune imagination venant de ce régime », a-t-il conclu, non sans amertume.

Dernières situations des vols de South African Airways :

  • Les vols reprendront vers six destinations africaines : Accra, Lagos, Lusaka, Maputo, Windhoek, et Harare à partir de mardi.
  • Tous les vols à destination d’autres continents ont été rétablis, mais les vols locaux restent suspendus.
  • SAA continue à travailler avec ses compagnies aériennes partenaires, Mango et Airlink, pour accueillir ses clients empruntant des liaisons intérieures mardi et mercredi.
  • Les passagers sont priés de ne pas se rendre à l’aéroport si leurs vols ont été annulés, à moins qu’ils ne soient en possession d’un itinéraire réservé.
  • Les clients souhaitant obtenir un remboursement ou souhaitant réserver à nouveau leur voyage sur un futur vol SAA ont jusqu’au 30 novembre pour effectuer leur voyage.
  • Certains membres du personnel de la SAA ont continué à travailler malgré des menaces et des intimidations.

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