ECONOMIE

Madagascar : mission du Medef, présence économique de la France

Suite à la première visite officielle en terre française du président malgache Andry Rajoelina en mai 2019, le Medef annonce une mission à Madagascar pour octobre 2019, inscrite au registre de la consolidation de la présence économique française sur la Grande Île. La Direction Générale du Trésor de France, énumérant les activités des entreprises françaises à Madagascar, en a fait un panorama global.

Très tôt au début de l’année 2019, la Direction Générale du Trésor en France a indiqué dans son rapport officiel le niveau des échanges économiques entre la France et Madagascar, ainsi que la liste non-exhaustive des entreprises françaises présentes sur la Grande Île. Ce rapport fait suite à la tenue dans le calme de l’élection présidentielle à Madagascar, qui a vu le choix des malgaches pour Andry Rajoelina à la tête de l’Etat, que la France a tenu à féliciter doublement, pour la tenue de cette élection démocratique, et personnellement en tant que président élu, ayant conduit une délégation composée de membres de son gouvernement et des dirigeants de groupements d’entrepreneurs malgaches lors une visite officielle en France en mai 2019. Il y a rencontré le président Emmanuel Macron, Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères, et le Medef, représenté par son vice-président Patrick Martin, Patrice Fonlladosa, président du comité Afrique de Medef International, et Momar Nguer, président du Conseil France – Afrique de l’Est et Océan Indien et membre du Comité exécutif du groupe Total. Des accords économiques y ont été signés avec le groupe Eiffage pour le projet Sahofika (production de 200MW d’électricité), le groupe Atos pour la digitalisation de la riziculture, avec la Compagnie Générale d’hydroélectricité de France pour un projet hydroélectrique de 120 MW à Volobe, entre Eric Scotto, Pdg d’Akuo Energy et Hasnaine Yavarhoussen, Pdg d’Enelec Madagascar pour un projet d’hybridation d’une centrale thermique basé à Toliara dans le sud de Madagascar. Ces projets (c.f rapport dans cet article) sont coiffés par le Medef, qui sera en visite à Madagascar le 08 octobre 2019.

Paris – Mai 2019 : rencontre entre le président Rajoelina et le Medef
(photo : Présidence de la République de Madagascar)

Ainsi, ce rapport économique de la Direction Générale du Trésor français fait état d’un volume d’échanges atteignant 974 millions d’euros en 2017, en progression de 70% sur les dix dernières années. Ces chiffres sont issus d’une vaste enquête sur la « Cartographie de la présence économique française à Madagascar », diligentée entre mai et juillet 2018 avec la CCIFM (Chambre de Commerce et d’Industrie France – Madagascar) et la CCEF (Conseil du Commerce Extérieur de la France). De cette cartographie récente ressort la présence à Madagascar de pas moins de 700 entreprises françaises, toutes tailles confondues, qui ont réalisé un chiffre d’affaires global de 2,41 milliards d’euros en 2017. Ces entreprises emploient localement 53.200 personnes dans des secteurs variés (industries, services, finances et technologies).

Mais le rapport révèle indirectement une compétition géopolitique grandissante entre la France et d’autres pays présents à Madagascar, l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays d’Afrique (La Russie et les Etats-Unis dans le secteur pétro-gazier au Mozambique, l’Inde à Madagascar, au Kenya et sur l’île Maurice, …). En effet, la France se retrouve au 3ème rang des importations malgaches avec une part de marché de 6,4%, derrière la Chine (18,6%) et l’Inde (9,3%), mais devant les Emirats Arabes Unis (5,5%), selon le Fonds Monétaire International (FMI). La France est en déficit commercial en 2017 par rapport à Madagascar (266 millions d’euros), selon la Douane française, avec une valeur de 620 millions d’euros de produits malgaches exportés vers l’Hexagone (en hausse de 31% par rapport à 2016) contre 354 millions d’euros d’importation de produits français vers Madagascar (en hausse de 10%). La France demeure le premier client historique de Madagascar, destinataire de 24,9% de ses exportations en 2017, suivie des Etats-Unis (16,5%). La réintégration de Madagascar dans l’AGOA pour le marché américain en 2015 a relancé la compétition et a poussé la France à renforcer la présence de ces entreprises dans des projets structurant à Madagascar.

Extrait du rapport de la Direction Générale du Trésor de France : les entreprises françaises les plus importantes et leurs projets à Madagascar

« GreenYellow vient d’achever la construction de la plus grande centrale solaire de l’Océan Indien avec 20 MW de puissance installée à Ambatolampy (26 millions d’euros d’investissements sur fonds propres). Un contrat d’achat d’électricité d’une durée de 25 ans lie la société à la Jirama afin de couvrir les besoins du réseau interconnecté d’Antsirabe et de renforcer celui d’Antananarivo ;

Eiffage, réuni en consortium avec Eranove, Themis et la société malgache HIER, a signé un accord cadre avec le Ministère de l’Energie et des hydrocarbures, portant sur la construction du barrage hydroélectrique de Sahofika d’une capacité envisagée de 300 MW ;

A Volobe (est du pays), Colas prévoit de construire un barrage hydroéléctrique de 120 MW. Sur ce projet, l’entreprise est réunie en consortium avec Jovena (Groupe Axian), SN Power et Africa 50 (les discussions se poursuivent avec ces deux derniers partenaires). Jovena vient notamment de livrer deux centrales thermiques au fioul lourd, Noor 1 et Noor 2 à Ambohimanambola, pour une puissance installée de 76 MW ;

A Farahantsana (Mahitsy) la société Sogea-Satom s’est vue attribuer par l’entreprise TozziGreen la construction d’un barrage hydroélectrique de 28 MW moyennant un investissement de 35 millions d’euros dont les travaux ont débuté. La filiale de Vinci est également porteuse d’un projet de barrage hydroélectrique de 140 MW à Antetezambato, dont l’investissement est estimé à 320 millions de dollars ;

Deux entreprises françaises viennent d’être pré-qualifiées pour le programme Scaling Solar de la Banque Mondiale à Madagascar : Green Yellow et Voltalia. Le programme prévoit la construction de centrales solaires supplémentaires pouvant accroître l’offre énergétique malgache de 30 à 40 MW.

Ravinala Airports (consortium réunissant le groupe Aéroports de Paris – ADP, Meridiam, et Colas – Bouygues) a décroché le contrat de concession sur 28 ans des aéroports internationaux d’Ivato (Antananarivo) et de Fascène (Nosy-Be). Les travaux de modernisation prévus dans le cadre du projet coûteront au total 111 millions d’euros et la livraison fin 2018 pour Fascène Nosy-Be et au premier trimestre 2020 pour Ivato – Antananarivo ;

Air Austral a noué en 2017 un accord de partenariat stratégique avec la compagnie aérienne nationale Air Madagascar afin de procéder à son redressement financier et au développement de son réseau domestique et régional.

Cela se manifeste notamment par la construction de trois rocades par Sogea-Satom (Vinci) : Tsarasaotra-Ivato (rocade Est) ; Andohatapenaka-Anosiala-Ivato (rocade Nord-Est) ; Ambohimanambola-Marais Masay (Pénétrante urbaine Nord). Les entreprises françaises ont également pu se positionner en amont de ces projets, en obtenant des contrats d’étude de faisabilité (Egis-Inframad ; BRL Ingénierie). De même, un contrat annexe de suivi des travaux a été décroché par Setec International.

Le contrat de construction du câble sous-marin à très haut débit METISS a été attribué aux sociétés Alcatel Submarine Networks (ASN) et Elettra TLC, filiale d’Orange. Cette infrastructure numérique de 3.000 km disposant d’une vitesse de connexion de 24.000 gigabits/seconde devrait être opérationnelle d’ici 2019 ;

Ametis, filiale malgache de la société Surys (ex-Hologram Industries) était le gestionnaire du traitement électronique de la délivrance des visas touristiques dans la Grande Ile, via son système eVisa. Une offre d’achat de Surys déposée par IN Groupe (ex-Imprimerie Nationale française) et par le groupe franco-malgache Sipromad est en cours d’instruction pour une décision avant la fin de 2019 ;

Air Madagascar a choisi le logiciel Alexis de Maureva, filiale mauricienne du groupe réunionnais Cirrus Informatique, pour rationaliser ses activités opérationnelles dont la gestion de ses équipages et la planification de ses vols ».

Les grandes entreprises françaises (secteurs et chiffres d’affaires) listées par la Direction Générale du Trésor français

« Les entreprises du CAC 40 implantées à travers leurs filiales ou participations sont au nombre de 9 et pèsent selon nos données 397,1 millions d’euros de chiffre d’affaires : Air Liquide, Colas (Bouygues), Orange, Lafarge-Holcim, BFV-Société Générale, Total, Sogea-Satom (Vinci), Canal + (Vivendi), Schneider Electric. Le groupe Accor est quant à lui présent à Madagascar via les enseignes Ibis et Novotel (hôtel en cours de construction dans la capitale) à travers un contrat de franchise détenu par l’entreprise CIMELTA (Groupe Rajabali) ;

Les filiales et succursales hors CAC 40 regroupent 56 entreprises et réalisent quant à elles 642,1 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 56 millions d’euros concernent des filiales de maisons-mères réunionnaises. Ces implantations ont pour la plupart profité de la vague de privatisations et de libéralisation de l’économie malgache à partir des années 90 ;

Enfin, l’essentiel de la présence économique française se manifeste au sein des entreprises locales à capitaux français (1,47 milliards d’euros) dont les grands groupes locaux (1 milliard d’euros). Ces derniers sont majoritairement contrôlés par des dirigeants d’origine indienne présents dans la Grande Île depuis plusieurs générations et qui sont par ailleurs devenus des ressortissants français. Identifiés comme de puissants conglomérats familiaux, ils ont pour la plupart fortement diversifié leurs activités au fil des ans. Si les investissements dans l’immobilier apparaissent comme une constante, certains d’entres eux se sont dernièrement démarqués par un engagement dans l’internationalisation de leurs activités (Axian, Sipromad, Socota, et dans une moindre mesure SMTP et Basan). Les intérêts économiques français couvrent des domaines très diversifiés . On observe cependant une forte concentration dans les secteurs suivants :

Avec 710,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, le secteur de la fourniture d’énergie et de produits pétroliers occupe la première place, riche d’entreprises à capitaux français actives dans ce domaine : Jovena et EDM (Groupe Axian), Galana et Vitogaz (Groupe Rubis), Schneider Electric, First Energy (Groupe SMTP), Total ;

Le secteur de l’industrie de transformation occupe la 2ème place avec 408,1 millions d’euros de chiffre d’affaires. On remarque une forte domination de la branche agro-industrielle avec des fleurons comme JB (Groupe Basan), Socolait, Agrivet (Groupe SMTP), Food&Beverage. D’autres branches industrielles sont également représentées : Holcim-Lafarge (ciment), Makiplast, Sacoplast, Technopet et la SMTP (industrie du plastique), Air Liquide (gaz industriel), Nivo S.A, SICD-Groupe Sipromad (produits ménagers) ;

A la troisième position, le secteur des communications et télécoms (296,0 millions d’euros) regroupe essentiellement les opérateurs téléphoniques : Telma (Groupe Axian), Orange, la revente de contenus audiovisuels avec Canal + , les installations d’infrastructures de télécoms avec Camusat, le conseil en communication avec Novo-Comm, France Pub, et la presse économique avec Eco Austral. Le groupe Sipromad est un nouvel entrant sérieux dans le secteur des médias avec les rachats de Thomson Broadcast et d’AfricaNews ;

Le commerce forme le quatrième secteur d’activités des entreprises françaises avec 287 millions d’euros de chiffre d’affaires. On y retrouve les principaux acteurs de la grande distribution comme la Société Malgache de Magasins (Groupe Casino) et Leader Price (Vindémia ayant été cédé au Groupe Bernard Hayot) ; les concessionnaires automobiles : Madauto, Sicam (Groupe CFAO), Ocean Trade & Co ; les distributeurs grossistes : Soredim (Groupe Taloumis), Netter, Sanifer ; les revendeurs de matériels spécialisées : MC3, Regitech (informatique), HG (médical) ;

Profitant de potentialités importantes du secteur primaire ainsi que d’un secteur industriel à prédominance agro-alimentaire, les entreprises françaises se signalent aussi par une présence conséquente dans les activités agricoles et halieutiques (196 millions d’euros). Outre les exportateurs de cultures de rente (AFH Export , Girofle et Denrées de Madagascar), on constate également la présence d’entreprises dynamiques appartenant à des grands conglomérats : Agrival et Bovima (Groupe SMTP), Trimeta Agro Food (Groupe Trimeta), Lecofruit (Groupe Basan), Socota Agro Industries et OSO-Farming (Groupe Socota). D’autre part, le Groupe Refrigepêche ainsi que la Somapêche sont bien connus de la branche halieutique malgache ;

Enfin, la présence dans le secteur des services financiers (171,8 millions d’euros) est assez diversifiée. Les banques occupent l’essentiel du paysage avec la BNI (Groupe Axian), BFV-SG (Société Générale), BMOI et Banque des Mascareignes (Groupe BPCE), Microcred (devenu Baobab Bank en 2018). Viennent ensuite les activités d’assurance : Saham Assurances (ex-groupe Colina), Allianz, Active Assurances. Les services de financement des investissements prennent une importance croissante avec des entreprises comme Solidis Garantie, Miarakap, ou encore Investisseurs & Partenaires. Enfin, des entreprises comme le cabinet Lexel occupent la branche du conseil juridique et fiscal.

D’autres secteurs accueillent des sociétés françaises solidement implantées localement :

C’est le cas du transport et de la logistique (78,8 millions d’euros) : CMA-CGM, AGS Frasers (Groupe Mobilitas), Air France, Bolloré Africa Logistics, Ariva Logistics. Mais également du BTP et matériels de BTP (83,6 millions d’euros) : Eiffage, Colas, Cimelta (Groupe Rajabali), Sogea-Satom, OTI, Madecasse.

Enfin, on observe ces dix dernières années une percée de nos entreprises dans deux secteurs en pleine croissance à Madagascar.

D’une part, l’industrie textile, en plus d’être le premier vivier d’emplois (13.000 employés), réalise 116 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette branche est fortement constituée d’entreprises bénéficiant du régime des zones franches , avec des sociétés comme Akanjo dont les clients opèrent dans le secteur du prêt-à-porter de luxe et haut de gamme, et Epsilon, qui fournit Paul Boyé Technologies pour les tenues des agents de la Gendarmerie Nationale française et de la SNCF. Avec d’autres exemples comme Ultramaille, Wild, Cottonline (Groupe Socota) et Antana Production, nos entreprises prennent activement part au rôle moteur que joue le secteur de la confection dans nos échanges bilatéraux qui, avec 169 millions d’euros, représente le second poste d’importations françaises en provenance de Madagascar ;

D’autre part, un savoir-faire français se dégage également dans le domaine du BPO (19,7 millions d’euros). En témoigne le dynamisme d’entreprises comme Vivetic, Numen, EasyTech, Ariane Etudes, Ibonia. Ces sociétés, qui interviennent dans des activités diverses (call center, externalisation comptable, recueil d’informations, internet en back-office, …) constituent un relais auprès de grands groupes internationaux qui y sous-traitent certaines activités de back office à des prix compétitifs. Ce domaine est par ailleurs le premier pourvoyeur d’emplois dans le secteur tertiaire avec 3.946 employés, supplantant légèrement les services financiers (3.369) et la communication (2.002) ».

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