ECONOMIE

Madagascar : 2020, un tournant pour le tourisme et l’aérien

L’année 2020 marquera un grand tournant pour le secteur du tourisme et du transport aérien à Madagascar. Ouvertures et mises en chantier d’hôtels de haut de gamme appartenant à des grands groupes mondiaux, mise en services de l’aéroport international d’Ivato – Antananarivo, début de rénovation des autres aéroports régionaux, fin de l’accord de protection du partenariat Air Madagascar – Air Austral, … Autant de projets convergent en effet autour de 2020 dans un objectif unique et ambitieux pour Madagascar : dépasser le plafond de verre des 375.000 touristes, atteint il y a plus de dix ans.

Tourisme : implantation de grands groupes hôteliers, nouvelles ambitions sur 5 ans

Le ministre malgache des Transports, du Tourisme et de la Météorologie, Joël Randriamandranto, a hérité d’un dossier lourd à gérer. Chargé à la fois du secteur aérien et du tourisme, dès le début de son mandat, il a annoncé la couleur : atteindre les 500.000 touristes annuels entrant à Madagascar dans les 5 prochaines années. Il a inauguré hier l’ouverture de l’édition 2019 du salon International Tourism Fair Madagascar (ITM). Tous les acteurs publics et privés du secteur sont mis à contribution pour appuyer ce secteur important pour l’économie malgache, qui a réalisé 520 millions de dollars de recette en 2018.

La Grande Île, bénéficiant d’une nature exceptionnelle, maintes fois citée dans les magazines professionnels comme destination phare de l’Afrique Australe et de l’Océan Indien, commence à attirer les grands investisseurs hôteliers. Le pays semble plus armé pour nourrir ses ambitions, en ayant compris que les portes d’entrée du succès du Tourisme pour une île restent les aéroports internationaux et les grands projets hôteliers.

Les trois hôtels du groupe Talys, gérés par Radisson Group à Antananarivo.

Ainsi, 2020 sera une année de transformation pour le secteur hôtelier à Madagascar. A part les projets qui sont en cours de construction ou d’études, à l’instar de ceux du Club Med à Nosy-Be ou de Novotel à Antananarivo, Radisson Group s’est également installé dans la capitale malgache avec trois hôtels, en partenariat dans la gestion avec le groupe malgache Talys (Tamboho Boutique Hôtel et Tamboho Suites) en 2019. Ces projets devraient ainsi marquer le début d’une nouvelle ère de concurrence vers un standard d’offres hôtelières plus élevé à Madagascar.

Développement des aéroports et Open Sky

Initié par l’administration Rajaonarimampianina, le développement des deux aéroports internationaux, les seuls avant 2018, arrive aux termes des travaux. Celui de Nosy-Be accueille déjà des vols régionaux, notamment venus d’Afrique, comme ceux opérés par Ethiopian Airlines, ou des vols charters de Blue Panorama, provenant de Varsovie, en Pologne. Celui d’Antananarivo sera livré courant 2019 et opérationnel en 2020. Le concessionnaire Ravinala Airports, consortium constitué par Aéroports de Paris (ADP), Bouygues, et Meridiam (fonds d’investissement actif en Afrique), gérant ces deux aéroports, a livré récemment les passerelles d’embarquement et de débarquement à Ivato. L’installation de ces trois passerelles, une grande première à Madagascar, symbolise toute la volonté du concessionnaire et de l’Etat malgache d’entrer dans une nouvelle dimension et dans un nouveau standard pour le transport aérien.

Visite de chantier de l’aéroport international d’Ivato-Antananarivo : 1er à dr Richard Randriamandranto, ministre de l’Economie et des Finances ; 4ème à dr. Joël Randriamandranto, ministre des Transports, du Tourisme et de la Météorologie ; 3ème à dr. David Malpass, président de la Banque Mondiale ; 4ème à g. Coralie Gevers, représentant résident de la Banque Mondiale ; 2ème à g. Eric Koller, Pca d’Air Madagascar ; au centre, Patrick Collard, directeur général de Ravinala Airports.

Ravinala Airports a par ailleurs envoyé en avril dernier une délégation conduite par Nicolas Deviller, directeur délégué, en Afrique du Sud, à la conférence Aviadev 2019. Le Cap, ville hôte de cette édition 2019 dédiée au développement d’aéroports et des métiers aéroportuaires, a vu la participation d’une vingtaine de pays africains rassemblant des gestionnaires d’aéroports, des compagnies aériennes, des offices de tourisme, et des fournisseurs de services du secteur aérien.

Nicolas Deviller, directeur délégué de Ravinala Airports (3ème g.) à l’Aviadev 2019, Le Cap.

Lors de cette édition 2019 d’Aviadev, Nicolas Deviller faisait partie de panélistes qui débattaient les possibilités de réalisation du Marché Unique du Transport Aérien en Afrique (MUTAA) initié par l’Union Africaine et de l’importance du Tourisme dans le développement du secteur aérien sur le continent. Fundi Sithebe, directeur des opérations d’ACSA (Airports Company South Africa), un des promoteurs de la conférence, a déclaré d’emblée que « le temps est révolu pour ACSA de fournir des infrastructures juste pour des questions institutionnelles. La société est désormais dans l’obligation d’offrir ce qui correspond aux demandes des passagers et des compagnies aériennes africaines ». Elle a par ailleurs évoqué la nécessité d’examiner les possibilités de « bénéfices des opérations fournis par les réseaux d’aéroports africains, et non plus d’opérer de manière isolée sur chaque aéroport, notamment sur les petits aéroports ». Fundi Sithebe a conclu que la société ACSA est « ouverte à des projets avec le secteur privé, car pour accroître les résultats de ses aéroports, le contrat PPP est primordial ».

Alexander Herring, directeur Afrique du Groupe Banque Mondial, a renforcé ces propos en affirmant que « l’impact du développement des aéroports sur la population pour chaque pays d’Afrique est important pour a Banque Mondiale. Sa première considération restera ainsi l’effet à long terme de ces projets pour chaque pays.

Nicolas Deviller, de Ravinala Airports Madagascar, a, quant à lui, confirmé que « trouver un financement n’est pas compliqué. Ce qui l’est, c’est de trouver la vraie expertise des opérateurs d’aéroports pour des projets qui correspondent aux attentes des compagnies aériennes de chaque pays et des populations locales ».

Les passerelles de l’aéroport international d’Ivato-Antananarivo.

A ce titre, 6 autres aéroports régionaux de Madagascar, gérés par Aéroports de Madagascar (ADEMA) emboîteront le pas à ceux d’Antananarivo et de Nosy-Be (gérés par Ravinala Airports). Tuléar et Fort-Dauphin accueillent depuis fin 2018 des vols Air Austral – Air Madagascar en provenance de la Réunion. ADEMA a déclenché leurs travaux d’ extension. Le ministère chargé des Transports appuie ADEMA, sous sa tutelle, afin de boucler des PPP pour le développement de ces aéroports, avec ceux de Toamasina, Antsiranana, Sainte-Marie et Mahajanga. Des sociétés privées spécialisées dans le développement et la gestion d’aéroports sont en contact avec l’administration malgache pour ces projets. ADEMA a par ailleurs déjà avancé des travaux depuis 2018 dans leur mise en conformité et afin d’obtenir la certification de ces aéroports pour les vols internationaux.

Ces aéroports seront les principaux outils pour les compagnies aériennes dans l’ouverture de nouvelles routes aériennes vers les régions Afrique, Océan Indien et Asie. Les deux partenaires Air Madagascar et Air Austral comptent beaucoup sur ces projets dans le redressement de la compagnie nationale malgache.

Malgré un « léger mieux » significatif sur la santé d’Air Madagascar, Eric Koller, président du conseil d’administration de la compagnie nationale malgache, a rappelé en marge de l’ouverture de l’ITM 2019 qu’il reste encore à trouver 25 millions d’euros pour la poursuite du développement de la compagnie, notamment sur le renouvellement progressif de sa flotte d’appareils, prévu entre 2020 et 2021. C’est un propos qui met le gouvernement malgache dans l’obligation de trouver une entente avec Air Austral, les deux entités étant signataires du partenariat stratégique. Le point de dissonance à aplanir reste le même depuis cette signature en 2017 : la protection d’Air Madagascar jusqu’en octobre 2020 contre l’attribution de nouvelles fréquences aériennes à d’autres compagnies.

En marge de la dernière visite d’une équipe du Fonds Monétaire International (FMI), Richard Randriamandranto, ministre malgache de l’Economie et des Finances, a voulu rassurer les acteurs du secteur aérien sur l’imminence d’une entente entre les parties sur cette question épineuse qui a miné le secteur depuis 2017.

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